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Épreuve 15/20 PATRIMOINE

La Dame à la licorne : apprendre à regarder les six tapisseries de Cluny

Au musée de Cluny, les six tapisseries de La Dame à la licorne mêlent motifs millefleurs, symboles des sens et questions ouvertes. Repères pour mieux les regarder.

Les tapisseries de La Dame à la licorne présentées autour d’une salle du musée de Cluny.
Le parcours permet de comparer les six panneaux et leurs motifs.

Dans la salle qui leur est consacrée au musée de Cluny, à Paris, six tapisseries forment un ensemble aussi séduisant qu’énigmatique. Au centre de chacune, une dame apparaît entourée d’un lion, d’une licorne et d’animaux plus familiers. Des fleurs couvrent le fond, tandis que les gestes et les objets varient d’un panneau à l’autre. L’ensemble, réalisé autour de 1500, invite à prendre son temps : les scènes semblent d’abord lisibles, mais leur sens ne se laisse pas réduire à une seule explication.

La tenture est généralement associée à la famille Le Viste, dont les armoiries figurent sur plusieurs panneaux. Elle aurait été commandée pour un membre de cette famille, probablement Jean Le Viste, notable parisien. Tissées dans les anciens Pays-Bas, les pièces arrivent bien plus tard au château de Boussac, dans la Creuse. Leur découverte par l’écrivain George Sand contribue à les faire connaître, avant leur acquisition par l’État en 1882. Ce parcours rappelle qu’une œuvre ne se présente jamais seule : les collections portent aussi la trace de déplacements, de redécouvertes et de choix patrimoniaux.

La scénographie actuelle organise les six tapisseries dans une salle pensée pour leur donner de l’espace. Le regard passe d’un panneau à l’autre, sans qu’un sens de visite unique s’impose. Les figures centrales se détachent sur un fond dense de feuillages, de fleurs et de petits animaux : cet « arrière-plan millefleurs » attire l’œil autant que les personnages. Une fois les motifs repérés, les différences apparaissent plus nettement : ici un orgue, là un miroir ou une corbeille. La hauteur des œuvres et la distance ménagée avec le visiteur permettent de lire les scènes dans leur ensemble, puis de revenir vers les détails. L’accrochage donne ainsi une place à la comparaison, plutôt qu’à une contemplation isolée de chaque pièce.

Plusieurs tapisseries médiévales accrochées autour d’une salle, avec des motifs floraux et des personnages au centre.
La présentation en salle fait ressortir les motifs communs et les différences entre les panneaux.

Cinq panneaux sont souvent rapprochés des cinq sens. On associe généralement le miroir à la vue, l’orgue à l’ouïe, les fleurs à l’odorat, les mets au goût et le contact de la licorne au toucher. Cette lecture aide à suivre la série, mais elle ne ferme pas le débat. Le sixième panneau, où la dame semble déposer ou retirer un bijou dans un coffret, porte la devise « À mon seul désir ». Faut-il y voir un sens supplémentaire, une maîtrise des désirs ou une scène qui échappe à la série ? Les interprétations se croisent, sans qu’une réponse définitive s’impose. Le cartel fournit des repères ; il ne remplace pas l’observation des gestes, des regards et des écussons.

La richesse de la tenture tient aussi à sa fabrication. La laine et la soie composent des surfaces où les silhouettes, les étoffes et les motifs végétaux s’entrelacent. Le tissage transforme le dessin en matière : certains contours semblent souples, d’autres s’affirment par contraste avec les fonds colorés. À cette échelle, la conservation suppose une attention constante à la lumière, à la poussière et aux tensions exercées sur le textile. Les tapisseries ne sont pas de simples décors muraux ; leur présentation doit tenir compte de leur fragilité. La mise en lumière accompagne donc la visite sans effacer les nuances, et la salle permet de les voir sans qu’il soit nécessaire de s’approcher au plus près.

Revenir à La Dame à la licorne, c’est finalement accepter qu’une œuvre puisse offrir des repères sans livrer un message unique. Les animaux, les objets et la devise orientent le regard, tandis que les zones d’ombre entretiennent la curiosité. En parcourant les six panneaux, vous pouvez choisir de suivre la piste des sens, de comparer les détails ou de vous attarder sur le travail du tissage. La tenture se révèle alors moins comme une énigme à résoudre que comme un ensemble à observer, où chaque passage devant les œuvres fait surgir une nouvelle relation entre les figures et leur décor.